Artistes d’exception, Nadia et Lili Boulanger ont marqué leur époque, chacune à sa façon, en partageant une passion commune : la musique.
Lili Boulanger (1893-1918), bien que de six ans la cadette, meurt la première, à l’âge de 24 ans, emportée par la maladie. Elle manifeste très tôt des dispositions exceptionnelles pour la musique : enfant prodige, elle sait lire la musique avant toute chose, joue du piano, du violon, du violoncelle, de la harpe puis de l’orgue, et chante avec aisance. Mais sa santé extrêmement fragile lui interdit toute étude approfondie. Elle reçoit à domicile les leçons de contrepoint et de composition de ses professeurs, nourrie en outre par les conseils de prestigieux amis de la famille tels que Gabriel Fauré ou Raoul Pugno, mais surtout par l’exemple vivant de ses parents et de sa sœur aînée, tous musiciens. En 1913, Lili Boulanger se présente au Concours de Rome, et, première femme dans l’histoire de cette célèbre institution, elle remporte le Premier Grand Prix de Composition Musicale avec sa cantate Faust et Hélène. De son séjour en Italie en 1916 et 1917 datent quatre chefs-d’œuvre : Psaume 24, Psaume 129, Psaume 130 et Vieille Prière Bouddhique, pour grand orchestre, chœurs et solistes. Son style très personnel a quelque chose de prophétique et certaines de ses œuvres, tel le Pie Jesu qu’elle a dicté sur son lit de mort, note après note, à sa sœur Nadia, sont à la fois pathétiques et bouleversantes de sérénité.
Compositeur elle-même, mais surtout pédagogue hors normes, Nadia Boulanger (1887-1979) attira autour d’elle, rue Ballu, à l’École Normale de musique aussi bien qu’au Conservatoire national de Paris ou à ses innombrables Master classes, des générations de musiciens venus du monde entier. À partir de 1921 et jusqu’à la fin de sa vie, elle dispensa son enseignement aux multiples étudiants américains venus au Conservatoire Américain de Fontainebleau, fascinés par sa culture universelle et sa science, par l’intelligence et la richesse de son enseignement, et par sa rigueur exemplaire. Elle y ajoutait la pratique à la théorie : pianiste et organiste dans sa jeunesse, elle devint bientôt un formidable chef d’orchestre, qui s’imposa aux plus grandes formations symphoniques - à une époque où la plupart d’entre elles n’avaient jamais accepté de femme à leur tête. Elle conquit d’emblée d’aussi redoutables phalanges que l’orchestre Philharmonique de Londres ou les Orchestres Symphoniques de New York, Boston ou Philadelphie. Elle donna au total quelque trois mille concerts, aux programmes d’une variété inouïe, balayant les siècles et les écoles, en particulier à la tête de son propre Ensemble Vocal, auquel le grand public mélomane doit la découverte, dès 1937, de Monteverdi : son enregistrement célèbre de Madrigaux reste une référence et, après tant d’années d’existence, en 78 puis en 33 tours, et maintenant en CD, il n’a jamais cessé d’être disponible.
C’est donc pour entretenir la mémoire de ces deux musiciennes hors du commun, dont l’existence a été vouée exclusivement à la Musique jusqu’à leur dernier souffle, qu’est née la Fondation internationale Nadia et Lili Boulanger.
(Alexandra Laederich, 2004)